Un milliard de morts : Bill Gates, l'optimiste devenu alarmiste, appelle le Congrès à légiférer sur l'IA
Bill Gates estime que l'intelligence artificielle est « certainement assez puissante pour provoquer des événements causant un milliard de morts ». Interrogé par NBC News, le cofondateur de Microsoft appelle le Congrès américain à légiférer, jugeant que « personne ne pense que l'autorégulation suffit ». L'homme qui saluait en 2023 une révolution comparable au microprocesseur a changé de ton.
Un optimiste devenu alarmiste
En mars 2023, Bill Gates écrivait sur son blog GatesNotes (« The Age of AI has begun ») que « le développement de l'IA est aussi fondamental que la création du microprocesseur, de l'ordinateur personnel, d'Internet et du téléphone mobile ». Deux semaines plus tard, interrogé par Reuters, il repoussait la pause de six mois demandée par Elon Musk et plus de mille chercheurs : « Je ne pense pas que demander à un groupe particulier de faire une pause résolve les défis », avait-il déclaré (Business Insider, 5 avril 2023).
Fin août 2026, le ton a basculé. Dans un essai d'environ 6 000 mots publié le 26 août sur GatesNotes, il décrit l'ère de l'IA comme « l'une des périodes les plus turbulentes de l'histoire humaine », liste trois risques majeurs (emplois, mauvais acteurs, développement des enfants) et propose notamment de taxer les robots et réserver des métiers aux humains pour renforcer la protection sociale. Interrogé le même jour par MIT Technology Review, il affirmait : « Vous ne pouvez pas compter sur une industrie pour s'autoréguler. Vous ne pouvez pas. » L'entretien NBC franchit une marche de plus : le milliard de morts, et un appel direct au Congrès.
Ce que Gates a dit exactement
Les extraits de l'entretien avec Kristen Welker, modératrice de Meet the Press, ont été publiés par NBC News le 25 septembre ; l'entretien complet a été diffusé le 27 septembre. Interrogé sur le risque que l'IA détruise l'humanité, Gates a répondu : « L'IA est certainement assez puissante pour provoquer des événements causant un milliard de morts. Et même s'il est assez difficile d'aller jusqu'à 100 %, aucune arme n'a jamais été aussi puissante que la combinaison de personnes mal intentionnées utilisant les derniers outils d'IA » (selon NBC News, propos traduits de l'anglais).
La nuance compte : Gates ne dit pas que l'IA exterminera l'humanité d'elle-même. Le danger qu'il désigne est humain. « La chose la plus dangereuse aujourd'hui, ce sont les personnes mal intentionnées qui utilisent l'IA », a-t-il expliqué, citant la fraude et les cyberattaques contre les réseaux électriques (01net, 28 septembre 2026). « Historiquement, seuls les pays disposaient d'équipes de cyberattaque. Aujourd'hui, de petits groupes équipés d'IA peuvent faire ce que seuls les plus grands pays pouvaient faire ».
La cible : le Congrès, pas les laboratoires
À Kristen Welker qui lui demandait si Washington devait légiférer, Gates a répondu : « Absolument », selon NBC News. Sa feuille de route tient en deux phrases : « Il faut que les forces de l'ordre et les politiques entrent dans la discussion sur ce à quoi doivent ressembler les garde-fous et la surveillance. Et cela doit devenir une obligation. » Le coût resterait limité, ajoute-t-il : « une charge supplémentaire pour l'industrie, mais pas un ralentissement dramatique de ce qu'elle fait ».
L'obstacle est politique. Le président de la Chambre, le républicain Mike Johnson, a refusé de rappeler les élus à Washington pour voter une loi encadrant l'IA, préférant s'en remettre aux entreprises : « Eux-mêmes n'ont pas la réponse à ce jour. Nous ne pouvons donc pas précipiter le Congrès vers quelque chose qui nuirait à la sécurité nationale », a-t-il déclaré selon NBC News. Gates n'est pas isolé : le sénateur Bernie Sanders a proposé le 23 septembre une loi qui suspendrait temporairement le développement de l'IA avancée le temps que des garde-fous soient posés (The Guardian). Et Dario Amodei, patron d'Anthropic, plaide pour une régulation visant toutes les entreprises américaines d'IA de pointe, avec une coopération mondiale incluant la Chine. Ce débat rejoint la question de la gouvernance de l'IA.
« Pas un canular », pas de « bouton d'arrêt »
Selon 01net, Donald Trump juge que les avertissements sur l'IA ne sont qu'un canular et refuse de ralentir la recherche, de peur que la Chine prenne l'avance. Gates a répondu sans détour : les alertes ne sont pas un canular. Il pense néanmoins que le président pourrait « revoir sa position » et veut le rencontrer pour parler de régulation.
Il récuse aussi l'idée d'un simple mécanisme d'urgence. « Ce n'est pas suffisant d'avoir un bouton d'arrêt. Nous ne sommes pas encore au point où ils saisissent des ordinateurs de manière autonome et ne peuvent plus être arrêtés » (propos traduits de l'anglais, The Guardian). Pour l'heure, la technologie n'est pas hors de contrôle, ne pilote pas « des millions de robots », et l'humain garde la main pour « éteindre l'ordinateur » (01net).
Une Silicon Valley divisée
Gates appelle le Congrès alors que les patrons des grands laboratoires sont divisés. Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic) et Elon Musk (xAI) ont récemment plaidé pour un encadrement par les gouvernements ; OpenAI s'est dit prêt à lever le pied, à condition de ne pas être le seul (01net). À l'inverse, Mark Zuckerberg (Meta) juge qu'une coordination du secteur n'est pas nécessaire, et Jensen Huang (Nvidia) estime que les scénarios catastrophe ne se concrétiseront pas.
Jacob Coxon, chercheur en sécurité récemment parti d'Anthropic, a déclaré que « ni l'une ni l'autre de ces entreprises n'agit de façon responsable. Elles courent droit vers une superintelligence auto-améliorante et jouent avec nos vies », ajoutant que « les personnes qui construisent l'IA croient sincèrement qu'elle pourrait nous tuer tous d'ici la fin de la décennie » (selon NBC News, propos traduits de l'anglais). C'est le débat sur l'alignement des IA que cette crise met au jour.
Questions fréquentes
Que dit exactement Bill Gates sur le « milliard de morts » ?
Dans son entretien à NBC News (Meet the Press), dont les extraits ont été publiés le 25 septembre 2026, Bill Gates déclare que l'IA est « certainement assez puissante pour provoquer des événements causant un milliard de morts ». Il ne dit pas que l'IA exterminera l'humanité d'elle-même : il désigne surtout des personnes mal intentionnées utilisant l'IA, par exemple pour la fraude ou des cyberattaques.
Pourquoi Bill Gates demande-t-il au Congrès de légiférer ?
Il juge l'autorégulation du secteur insuffisante : « personne ne pense que l'autorégulation suffit », a-t-il déclaré à NBC News. Selon lui, les forces de l'ordre et les élus doivent définir des garde-fous et une surveillance, et cela doit devenir une obligation, avec un coût limité pour l'industrie.
Que pensent les laboratoires d'IA de la régulation ?
Ils sont divisés. Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic) et Elon Musk (xAI) plaident pour un encadrement par les gouvernements. Mark Zuckerberg (Meta) et Jensen Huang (Nvidia) s'y opposent, jugeant respectivement la coordination inutile et les scénarios catastrophe invraisemblables.
Où en est le Congrès américain sur l'IA ?
Aucune législation n'a été adoptée à ce jour. Le président de la Chambre, Mike Johnson, a refusé de rappeler les représentants pour voter une loi et préfère s'en remettre aux entreprises. Bernie Sanders a proposé le 23 septembre 2026 une pause temporaire du développement de l'IA avancée.
Conclusion
Le changement de ton de Bill Gates marque un tournant : quand l'un des optimistes historiques de la tech évoque un milliard de morts et réclame une loi, le débat quitte les laboratoires pour le Congrès. Reste à savoir qui transformera cette exigence en obligation : un Congrès bloqué par son président de Chambre, ou Donald Trump que Gates veut convaincre en personne.
Sources
- NBC News, « Bill Gates says AI companies self-regulating isn't enough and governments should be involved in monitoring », 25/09/2026
- 01net, « Un milliard de morts : Bill Gates tire la sonnette d'alarme au sujet de l'IA », 28/09/2026
- The Guardian, « Bill Gates says unchecked AI could 'cause a billion deaths' in call for regulation », 27/09/2026
- The Verge, « Bill Gates says regulate AI, because it's powerful enough to cause a billion deaths. », 25/09/2026
- GatesNotes, « The turbulent AI era is here. The choices we make now are critical », 26/08/2026
- MIT Technology Review, « Bill Gates says we've passed AI's danger thresholds. Now what? », 26/08/2026
- Business Insider, « Bill Gates says pausing the development of AI systems will not 'solve' challenges ahead », 05/04/2023
- GatesNotes, « The Age of AI has begun », 21/03/2023